V – Introduction

V – Introduction

IMGP5748

Introduction

V – 1 – Hiver 2014

V – 2 – Printemps 2014

V – 3 – 27 juin 2014

V – 4 – Août & Septembre 2014


Les années qui suivirent furent le théâtre de deux histoires imbriquées que je relaterai ici, chacune étant à sa manière le récit d’un lent naufrage pourtant anticipable. La première traitera de ma relation chaotique avec un individu fort peu recommandable, la seconde de l’échec de mon ambition professorale.

La personne dont je souhaiterais parler se révélant être un an et demi après notre rupture encore fort prolixe à mon sujet, je profiterai de cette partie du récit pour porter ma propre vision des choses à la connaissance de ceux qui n’ont jusqu’ici pu entendre qu’une version des faits fournie par mon ex-ami, narrateur particulièrement indigne de confiance.

Je ne chercherai pas à romancer les faits au nom d’une bien commode licence littéraire. Je tâcherai de me montrer honnête en relatant aussi bien mes mérites que mes erreurs – car il y en a eu, mais pas forcément celles que l’on m’impute.

Enfin,  bien que je ne puisse pas l’empêcher, j’aimerais que celles et ceux qui connaissent la personne dont il est question ne lui communiquent pas l’adresse de ce site, ou, au moins, qu’ils se gardent de le faire tant que ce récit ne sera pas achevé. Je pense qu’il est nécessaire que mes éventuels lecteurs aient accès à une vision globale des événements avant de prendre une décision qui, sans doute, attisera chez lui des velléités de vengeance. En effet, ma défense face à ses calomnies, bien que tardive et discrète, pourrait lui sembler inadmissible dans la mesure où elle fera ombrage à sa réécriture des faits. Ses mensonges grossiers, martelés frénétiquement auprès de son entourage depuis une vingtaine de mois, risqueront d’être mis à mal provoquant par là même la dégradation de l’image enjolivée que ses lecteurs se faisaient de lui.

J’ai précieusement conservé au cours de ma relation avec lui, un grand nombre de traces écrites sur lesquelles je m’appuierai afin de rendre ce récit le plus fiable et le plus précis possible. À ceux dont l’opinion m’importe, je vous encourage, si le moindre doute sur l’objectivité de ma version des fait vous habite, à me réclamer une copie de ces échanges.

Bonne lecture.

[Japon] 24 juillet 2017

[Japon] 24 juillet 2017

J19.
Dernière journée au Japon.
Adieu, toilettes chauffantes et trains ponctuels ! Je vais enfin pouvoir remanger des mangues à moins de vingt euros l’unité et des pêches à moins de dix !
Photo : le dôme d’Hiroshima, l’un des rares bâtiments à être plus ou moins resté debout après l’explosion de la bombe, au milieu d’un jardin rempli de monuments prônant la paix et désarmement nucléaire.

20248122_1089049574562282_4504001926937964799_o

 

[Japon] 24 juillet 2017

[Japon] 24 juillet 2017

J18.
Après les chats, les renards, les singes et les chevreuils, direction Okunoshima, l’île des lapins.
Mon compagnon de voyage n’ayant jamais été emballé à l’idée d’aller voir des animaux, il m’aura fallu déployer toute ma ruse pour lui faire accepter cette ultime visite. Ainsi, hier matin, pendant qu’il dort encore, je remplis bruyamment mon sac et quand il entrouvre les yeux, je lui annonce :
– Tu fais ce que tu veux, mais moi j’y vais.
Il soupire, se plaint, dit que je vais me perdre, qu’il va devoir appeler la police, et me demande de l’attendre. Mission accomplie.
Okunoshima hébergeait pendant la seconde guerre mondiale une fabrique secrète de gaz toxique et aujourd’hui, les descendants des lapins de laboratoire se promènent tranquillement parmi les ruines de l’usine. Ils n’ont aucun prédateur et leur vie se résume à faire la sieste et à attendre d’être nourris par un touriste.
En hiver, les lapins ont un peu plus faim, et il n’est pas rare de voir des gens allongés par terre se faire recouvrir par une marée de ces petites boules de poils cherchant à manger. Hier, les bestioles étaient plutôt tranquilles, mais il m’est arrivé une demi douzaine de fois de voir arriver, sur un sentier en plein milieu de la forêt, un lapin courant à toute allure dans l’espoir que je lui donne quelques granulés.
Demain, retour à Tokyo pour être prête à redécoller mercredi. Si quelqu’un veut que je lui ramène une spécialité locale (je pense par exemple aux KitKat thé vert), c’est le moment !

 

L'usine abandonnée. Il était interdit d'y entrer mais nous avons vu des gens en sortir, et la désobéissance est contagieuse. :)
L’usine abandonnée. Il était interdit d’y entrer mais nous avons vu des gens en sortir, et la désobéissance est contagieuse. 🙂
Des lapins dédaignant mes croquettes.
Des lapins dédaignant mes croquettes.
Un lapin affamé dans la forêt.
Un lapin affamé dans la forêt.
Vue depuis les hauteurs de l'île.
Vue depuis les hauteurs de l’île.
Un lapin apparaît soudain pendant que je prends une photo des ruines.
Un lapin apparaît soudain pendant que je prends une photo des ruines.
[Japon] 23 juillet 2017

[Japon] 23 juillet 2017

J17.
Décidément, nous avons le chic pour débarquer dans les villes au bon moment. À Kyoto, nous étions arrivés le jour de lancement du festival Gion Matsuri, et ce soir, à Hiroshima, nous avons pu nous consoler de notre absence aux feux d’artifice du 14 juillet en contemplant ceux du port d’Hiroshima (de loin, sous la pluie, du haut d’une passerelle et à trois kilomètres de l’événement, si j’en crois mes savants calculs, mais c’est déjà ça).
Notre arrivée tardive ne nous aura pas permis de visiter grand-chose en dehors du fameux « centre pokémon » d’Hiroshima, qui proposait une collection assez honorable de peluches et de goodies.
Prochaine étape, l’île des lapins !

 

20247582_1087919541341952_311476966846047272_o

[Japon] 21 juillet 2017

[Japon] 21 juillet 2017

J16.
Notre traversée du Japon jusqu’à Kyushu était principalement motivée par une chose : la visite de Hashima, aussi connue sous le nom de Gunkamjima ou Battleship Island, une île abandonnée à 18 kilomètres de Nagasaki.
Ancienne exploitation de charbon, elle fut brièvement le lieu le plus densément peuplé au monde et la première tour en béton du Japon fut construite sur son sol en 1919. L’île est minuscule – 480 mètres sur 160, mais elle a hébergé jusqu’à 6000 personnes. On y trouve même les ruines d’un hôpital, d’un temple et d’une école primaire.
Nous n’avions malheureusement pas libre accès aux bâtiments. La visite est limitée à un tout petit sentier coulé dans du béton et notre guide ne nous a pas lâchés d’une semelle pendant quarante minutes.
L’ambiance post-apocalyptique valait en tout cas le détour et nous a insufflé l’envie de faire un jour un tour à Prypiat, la ville abandonnée aux alentours de Tchernobyl.
Fait amusant : notre guide, peu avare de détails lorsqu’il était question de l’histoire de l’île, n’a néanmoins pas mentionné une seule fois l’exploitation et la torture des travailleurs forcés coréens sur Hashima pendant la seconde guerre mondiale. Ça ne devait pas être assez vendeur…

 

Hashima.
Hashima.
Hashima, dans un très sale état, principalement à cause des fréquents typhons ravageant la zone. Au fond, les habitations des travailleurs.
Hashima, dans un très sale état, principalement à cause des fréquents typhons ravageant la zone.
Au fond, les habitations des travailleurs.
Hashima.
Hashima.
Hashima, depuis le ferry.
Hashima, depuis le ferry.
Hypocentre de l'explosion de la bombe, Nagasaki.
Hypocentre de l’explosion de la bombe, Nagasaki.
[Japon] Mercredi 19 juillet 2017

[Japon] Mercredi 19 juillet 2017

J14.
Pour la première fois, je n’ai pas réussi à rédiger mon compte-rendu le soir même : je me suis endormie tout de suite, complètement épuisée. Je commence à ressentir les effets de deux semaines de longues marches quotidiennes par temps caniculaire et humide. Osaka elle-même n’éveille plus en moi l’intérêt que pouvaient avoir les premières villes explorées au Japon. J’ai parcouru trop de temples, châteaux et salles d’arcade pour avoir envie d’en visiter d’autres, le trio alimentaire ramen-onigiri-edamame commence à me peser et les bizarreries locales me paraissent désormais trop familières pour être distrayantes. Bref, je pense que nous aurions dû nous cantonner à deux semaines de voyage.
Je suis actuellement dans le train pour Nagasaki où nous avons prévu de visiter une île abandonnée depuis les années cinquante, ce qui promet au moins d’être original.

 

À l'aquarium d'Osaka.
À l’aquarium d’Osaka.
Château d'Osaka.
Château d’Osaka.
[Japon] Mardi 18 juillet 2017

[Japon] Mardi 18 juillet 2017

J13.
Terminé, Kyoto ! Ce soir, je dors à Osaka, une autre ville réputée pour son côté traditionnel. Mais avant de gagner mon nouveau logement, j’ai fait un petit détour par Nara, un sanctuaire voisin où les cerfs se promènent à leur guise.
Si elles n’aiment pas particulièrement se faire caresser, ces adorables bestioles raffolent des biscuits vendus à l’entrée et vous suivront jusqu’à l’autre bout du parc lorsqu’elles vous verront en acheter. Ma plus grosse erreur a été d’ouvrir le paquet devant un attroupement de ces quadrupèdes. En quelques secondes, je me suis retrouvée encerclée par une dizaine de cerfs. Certains se sont mis à brouter mon débardeur et les sangles de mon sac, d’autres à balancer dangereusement leurs bois en direction de mes yeux. Je m’en suis sortie in extremis en prenant mes jambes à mon cou tout en lançant des biscuits derrière moi.

Prendre une photo sans se faire grignoter son téléphone : tout un art.
Prendre une photo sans se faire grignoter son téléphone : tout un art.
Moi, essayant de me débarasser mes biscuits sans provoquer de nouvelle émeute.
Moi, essayant de me débarasser mes biscuits sans provoquer de nouvelle émeute.
Temple bouddhiste Todai-ji. La photo ne rend pas vraiment compte de sa taille imposante. Il contient la plus grande statue de bouddha que j'aie jamais vue.
Temple bouddhiste Todai-ji. La photo ne rend pas vraiment compte de sa taille imposante. Il contient la plus grande statue de bouddha que j’aie jamais vue.
Distribution de biscuits.
Distribution de biscuits.

 

[Japon] Lundi 17 juillet 2017

[Japon] Lundi 17 juillet 2017

J12.
Aujourd’hui, nous avons laissé au placard nos vielles frusques de voyageurs pour revêtir des yukatas, tenues d’été traditionnelles.
Au Japon, il n’est pas rare de croiser des habitants en kimono dans les rues, surtout en cette période de festivals. En tant qu’occidentale, je craignais un peu de les imiter, ne voulant pas paraître déguisée ou être accusée de faire de l’appropriation culturelle, mais il semblerait que les japonais ne perçoivent pas les choses d’un si mauvais œil que ça.
Une toute petite dame à l’air sévère m’a donc habillée ce matin. Devant la multiplication des couches (une sous-robe en coton, cinq ou six ceintures souples et rigides, le Yukata lui-même, plusieurs petits chiffons pliés et insérés je ne sais où), j’ai compris que j’allais souffrir. La température avoisinait les trente-cinq degrés et, saison des pluies oblige, l’air est très humide, ce qui rend la chaleur encore plus insupportable. Mon Obi, ce gros ruban rose noué autour de la taille, m’empêchait de respirer à ma guise et l’étroitesse de la partie inférieure du vêtement me contraignait à n’avancer que par tout petits pas. Pour couronner le tout, les employées m’ont empêchée de récupérer mon grand sac à dos de baroudeuse et m’ont forcée à m’encombrer d’un sac à main à fleurs dans lequel j’ai eu à peine la place de glisser une bouteille d’eau. Mon compagnon de voyage, qui n’a jamais réussi à marcher avec des tongs de sa vie, n’a eu d’autre choix devant l’insistance des vendeuses que de chausser les geta en bois assorties à son costume et de quitter les lieux sans baskets de secours.
C’est avec tout ce harnachement que nous sommes partis pour le le sanctuaire de Fushimi inari, célèbre pour ses allées de Torii rouge vermillon. Notre passage dans les escaliers du métro a été particulièrement bruyant et résonnant, et V. a manqué plusieurs fois d’y perdre ses chaussures, mais il a semblé s’habituer à ce curieux accessoire au bout d’une heure ou deux. En ce qui me concerne, j’ai cru mourir de chaud sur l’escalier interminable qui menait au sommet de la montagne. Mes foulées réduites m’obligeaient à monter chaque marche en tout petits pas frénétiques pour ne pas bloquer le passage. Quand j’ai réalisé au bout de vingt minutes d’ascension que nous n’avions même pas effectué le cinquième du trajet, j’ai fait demi-tour et nous sommes allés rendre nos tenues trempés de sueur (mais nos fronts dégoulinants ne nous ont pas empêchés de recevoir une pluie de compliments et de demandes de selfies, ça fait toujours plaisir !).

Allée de torii à Fushimi inari.
Allée de torii à Fushimi inari.
Cimetière Shinto.
Cimetière Shinto.
Dans le métro.
Dans le métro.

 

[Japon] Dimanche 16 juillet 2017

[Japon] Dimanche 16 juillet 2017

J11.
Finalement, en dépit de nos courbatures encore bien tenaces, nous avons survécu aux vingt minutes de marche sur le chemin pentu qui menait au parc des singes. Le plus difficile à supporter ici reste la chaleur : le temps est caniculaire. Je me suis pour ma part adaptée aux coutumes locales et je n’hésite plus à déployer mon parapluie-ombrelle au moindre rayon de soleil.
Le parc accueille uniquement des macaques, seule espèce à habiter le Japon. Ils se promènent en liberté dans une zone plutôt vaste et retournent dans la forêt à la tombée de la nuit. Au sommet de la colline, les visiteurs peuvent s’enfermer dans une cage pour distribuer de la nourriture aux singes. Ceux-ci ne se pressent pas vraiment au portillon et certains se payent même le luxe de pousser mollement de votre main la nourriture qui ne leur plaît pas. J’ai eu l’insigne honneur d’être approchée par un bébé macaque qui, dès son apparition, est devenu le centre d’attention général, et mes offrandes de cacahuètes ont été saluées à plusieurs reprises par des cris d’admiration de la part des autres touristes.
Nous avons déniché en nous promenant à Kyoto un magasin de location de yukatas et en avons réservé un chacun pour demain. Photos à venir. 

 

Sachez que j'ai dû enfreindre trois règles du parc pour prendre cette photo.
Sachez que j’ai dû enfreindre trois règles du parc pour prendre cette photo.
Contrairement aux apparences, c'est moi qui suis dans la cage.
Contrairement aux apparences, c’est moi qui suis dans la cage.
Forêt de bambous.
Forêt de bambous.
[Japon] Samedi 15 juillet 2017

[Japon] Samedi 15 juillet 2017

J10.
Pour une fois, j’ai fait le choix de louer une chambre chez un habitant plutôt qu’un logement entier et je ne le regrette pas. Notre hôte nous préparait un délicieux petit déjeuner chaque matin, et c’est le ventre plein que nous avons fait nos adieux au Mont Fuji depuis le ponton d’observation de la gare.
Le train nous a ensuite emmenés à Kyoto en quatre ou cinq heures. Percluse de courbatures comme je l’étais après notre randonnée de la veille, cet immobilité forcée m’a fait du bien. Je boîte encore ce soir à la simple vue d’un escalier, et même la marche la plus lente me fait souffrir.
Une fois sur place, le propriétaire de notre logement nous a appris que nous arrivions à temps pour Gion Matsuri, l’un des principaux festivals de Kyoto, qui s’étale sur plusieurs jours et qui met en scène une procession de chars dans l’un des plus vieux quartiers de la ville. Malgré notre fatigue, nous nous sommes donc risqués à effectuer une petite promenade nocturne. Certaines ruelles étaient noires de monde et beaucoup de flâneurs avaient revêtu un kimono pour l’occasion – ou plutôt, un yukata, son équivalent estival, plus léger, en soie plutôt qu’en coton. J’aurais bien aimé en porter un également pour ne pas déparer mais le fait d’avoir un sac à dos pour tout bagage interdit tout achat superflu.
Demain, je devrais visiter un parc où les singes se promènent en liberté. J’espère que mes vieilles douleurs auront disparu d’ici-là car le sentier de randonnée qui y mène est, paraît-il, plutôt sportif…

 

20106711_1082813118519261_9222248267707549955_n

19989372_1082813141852592_1229734488002406325_n

19990249_1082813155185924_2437701045817229330_n