VI – Amsterdam, partie I – 30&31 août 2017

VI – Amsterdam, partie I – 30&31 août 2017

Une conversation avec Thomas quelques mois plus tôt nous avait poussés à envisager l’idée de partir deux ou trois jours à Amsterdam afin que je puisse à mon tour goûter à un Space-Cake. Fraîchement revenue du Japon, sachant que mon entrée dans la vie active était imminente et que ma liberté s’en retrouverait grandement restreinte, je commençais à réaliser qu’il s’agissait du moment idéal pour entreprendre un tel voyage.

Je n’accordais depuis longtemps déjà plus aucun crédit aux allégations de Mario et me savais parfaitement en sécurité aux côtés de Thomas, mais, malgré cela, je rechignais un peu à partir seule avec lui. Même si nos discussions avaient été de plus en plus longues et nourries au fil de nos rencontres, je craignais qu’après de longues heures passées côte à côte dans la voiture, la conversation finisse par se tarir et qu’il regrette finalement de m’avoir choisie comme unique compagnon de voyage. D’autre part, n’ayant jamais fait l’expérience d’aucune drogue excepté l’alcool, je n’avais pas la moindre idée de ce à quoi je devais m’attendre. Peut-être allais-je devenir agressive, vouloir mettre le feu à la maison ou me jeter d’un escalier : la présence d’une troisième personne me paraissait être une précaution plus raisonnable.

Après quelques pourparlers avec Océane, celle-ci accepta de nous accompagner. Je réservai l’Airbnb le plus propre que je puisse trouver, afin qu’elle se sente à l’aise : c’était une maison spacieuse et lumineuse, avec deux chambres et un grand salon aux environs d’Utrecht, au Sud d’Amsterdam. Le jour venu, je rejoignis Thomas et sa compagne et nous partîmes en fin d’après-midi, avec quelques provisions. Nous discutâmes tous les trois tout au long du chemin, profitant de l’occasion pour déverser notre bile sur Mario et raconter à Océane diverses anecdotes affolantes le concernant. Une fois arrivés, épuisés par notre long trajet et l’horaire tardif, nous nous couchâmes rapidement.

Nous profitâmes du lendemain pour visiter la capitale, flânant le long des canaux malgré le temps frais et pluvieux qui s’était soudain installé sur le pays et qui sonnait déjà le glas de l’été en cette dernière journée du mois d’août. Nous fîmes le tour de quelques ruelles branchées, grapillâmes, affamés, de petits morceaux de gouda offerts en dégustation dans un magasin qui vendait des fromages de toutes les couleurs, puis nous nous mîmes en quête de notre space-cake.

Thomas connaissait, depuis sa précédente venue dans cette ville, un assez bon coffee shop, où nous nous rendîmes d’abord. Les abords de l’échoppe empestaient le cannabis et l’air était saturé de fumée. Nous pûmes y acheter deux fines tranches de gâteau et poser nos questions au serveur. Puis, nous fîmes une petite virée dans plusieurs enseignes : un magasin de souvenirs, qui vendait des space-cookies pouvant se conserver longtemps, un second coffee-shop, et enfin, une boutique phosphorescente et psychédélique dans laquelle la très sympathique vendeuse, qui ne devait pas parler moins de quatre langues, nous conseilla pendant plus d’une heure au sujet des champignons hallucinogènes. Nous lui achetâmes deux petites boîtes de ces denrées que nous décidâmes de congeler pour plus tard. La visite se solda par une traversée du quartier rouge où nous jetâmes un œil aux prostituées qui s’exhibaient derrière leurs vitres. Thomas loua le physique de quelques-unes d’entre elles, précisant toutefois qu’il ne voudrait pas payer pour du sexe car cela aurait faussé ses comptes – sa maniaquerie le poussait à garder sur son disque dur un dossier contenant date de naissance et photos de chacune de ses conquêtes, et l’absence de ces données, en plus de la sensation de triche engendrée par le fait de payer, aurait créé une irrégularité trop désagréable à ses yeux.

Une fois rentrés, nous nous réunîmes autour d’une table. Je me versai un mug de thé et nous dégustâmes enfin notre précieux butin. Chacun eut droit à une demi part, plus le tiers de la demi-part restante. Le gâteau en lui-même était excellent, et je regrettai de ne pas en avoir davantage à ma disposition. Cependant, étant donnée la suite des événements, cette situation était finalement une bonne chose.

 

VI – Introduction

VI – Introduction

Acy, 15 février 2017
Acy, 15 février 2017

[ En construction / brouillon ]

Janvier 2017

Bruxelles

Mars 2017

Paris  – 5 mars

Avril

Mai

Juin

Août 2017

Japon

Amsterdam, partie I

Amsterdam, Partie II

Septembre 2017 – (privé)

23 septembre 2017 – (privé)

Début février 2018 (T) (privé)

Avril 2018 (V) (privé)

[Jeu] Apocalipsis

[Jeu] Apocalipsis

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Je salue la direction artistique du jeu, vraiment très réussie, qui nous plonge dans un Moyen-Âge sombre et torturé, ravagé par les guerres, les famines et la sorcellerie. Les graphismes, inspirés de gravures d’époque, sont un régal pour les yeux. La musique, un peu répétitive, reste sympathique.

Apocalipsis aurait pu être une petite perle si ses énigmes n’avaient pas été trop inégales : elles sont soit d’une facilité déconcertante, soit totalement absconses (j’ai résolu plusieurs puzzles par bruteforce, sans avoir encore compris leur logique). La lenteur de certaines actions et déplacements aurait également gagné à être réduite.


Jeu terminé le jeudi 27 décembre 2018
Ma note : 6/10
Temps de jeu : 3 heures

[Jeu] What Remains of Edith Finch

[Jeu] What Remains of Edith Finch

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Courte mais agréable expérience vidéo-ludique s’inscrivant dans la lignée des simulateurs de marche (The Vanishing of Ethan Carter, Gone Home, Dear Esther).

Vous incarnerez une certaine Edie qui, de retour dans la maison familiale après sept ans d’absence, sera amenée à redécouvrir ces lieux dissimulant bien des mystères.
L’intérêt central du jeu est la maison, personnage à part entière dont les ramifications font écho aux embranchements de l’arbre généalogique des Finch. Chaque pièce possède une identité propre reflétant l’identité de feu son occupant, et l’on ne peut que s’extasier devant le soin porté aux détails, qui participe à la construction d’une atmosphère assez unique. A la fin de ma partie, je n’avais qu’une envie : m’installer dans cette maison gigantesque.

L’autre point très intéressant du titre réside dans la diversité et l’originalité des supports narratifs employés. Par ailleurs, les diverses allusions à la folie, sujet bancal s’il en est, sont mises en scène avec assez de doigté pour être à la fois justes et touchantes.

On pourra cependant regretter le fait que le jeu pêche parfois sur le plan technique : la forêt du début du jeu rame un peu, et j’ai été assez gênée par les déplacements (la souris passée au maximum de sa sensibilité était toujours trop peu maniable, et l’une des scènes d’action m’a donné l’impression de piloter un avion de ligne plutôt qu’un hibou).

Enfin, le scénario (ou plutôt, les scénarios), basés sur la récurrence d’un certain schéma (Edie est la dernière survivante de sa famille, et le jeu met en scène les derniers instants de la vie de chaque personnage), manque malheureusement un peu de profondeur. Ce léger défaut n’entrave heureusement pas l’ambiance globale de l’expérience.

Découvertes de 2018 (Films)

Découvertes de 2018 (Films)

2018

Films (31)

  • 18/11 : Maniac (1980) de William Lustig – 3/10
  • 09/10 : Living on One Dollar (2010) de Zach Ingrasci – 6/10
  • 04/10 : Hostiles (2018)  de Scott Cooper – 7/10
  • 30/08 : Subway (1985) de Luc Besson – 3/10
  • 16/08 : Nikita (1990) de Luc Besson – 1/10
  • 14/08 : Le Juge et l’Assassin (1976) de Bertrand Tavernier – 4/10
  • 13/08 : Un mauvais fils (1980) de Claude Sautet – 6/10
  • 12/08 : Tchao Pantin (1983) de Claude Berri – 8/10
  • 30/07 : Morse (2008) de Tomas Alfredson – 5/10
  • 27/07 : Série noire (1979) de Alain Corneau – 7/10
  • 24/07 : Shutter Island (2010) de Martin Scorsese – 8/10
  • 08/07 : L’Exorciste (1973) de William Friedkin – 6/10
  • 26/06 : Le Silence des agneaux (1991) de Jonathan Demme – 6/10
  • 26/06 : Moi, Daniel Blake (2016) de Ken Loach – 7/10
  • 25/06 : Lolita (1962) de Stanley Kubrick – 5/10
  • 23/06 : 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick – 4/10
  • 16/06 : Le Grand Bleu (1988) de Luc Besson – 7/10
  • 05/06 : Taxi Driver (1976) de Martin Scorsesese – 6/10
  • 31/05 : RoboCop (1987) de Paul Verhoeven – 4/10
  • 26/05 : Solo : A Star Wars Story (2018) de Ron Howard – 5/10
  • 29/04 : Ready Player One (2018) de Steven Spielberg – 2/10
  • 26/04 : Dellamorte Dellamore (1994) de Michele Soavi – 8/10
  • 15/04 : Banzaï (1983) de Claude Zidi – 5/10
  • 08/04 : Psychose (1960) de Alfred Hitchcock – 7/10
  • 04/04 : Minimalism (2016) de Matt D’Avella – 6/10
  • 11/03 : La Révolution française (1989) de Robert Enrico – 7/10
  • 26/02 : Paroles de Serial Killers (2010) de Stéphane Bourgoin – 8/10
  • 04/02 : Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988) de Robert Zemeckis – 5/10
  • 28/01 : Dracula (1992) de Francis Ford Coppola – 4/10
  • 15/01 : Le Parrain (1972)  de Francis Ford Coppola – 5/10
  • 10/01 : Star Wars : Les Derniers Jedi (2017) de Rian Johnson – 10/01

 

V – 4

V – 4

Je passai un été assez agréable dans ma maison familiale à la campagne. Je dormis dans le jardin, y dévorai quelques romans de George R. R. Martin à plat ventre dans l’herbe et arpentai les bois avec mon père et son détecteur en quête de vieilles pièces de monnaie et de boucles de ceinture médiévales. Lorsque mon séjour toucha à sa fin, je fus prise d’une tristesse inextinguible à la vue de la silhouette paternelle qui s’éloignait depuis la cabine du train où j’étais assise. Il s’était beaucoup tassé ces dernières années, et le voir dépossédé de sa force me donnait une impression étrange. J’avais à ce moment la sensation qu’il ne me restait plus beaucoup de temps à vivre avec lui et cela me brisait le cœur. L’apercevoir à travers la vitre sans pouvoir lui parler me replongeait des années en arrière dans la cour de l’école maternelle où j’étais cloîtrée quotidiennement et où, parfois, je le voyais passer derrière la grille lors de l’un de ses jours de repos. Il était là, accessible, et pourtant, inéluctablement, il lui fallait repartir et me laisser livrée à mon sort parmi des inconnus pendant ce qui me paraissait être une éternité. Tout cela représentait à mes yeux un gâchis énorme. Sa venue faisait systématiquement couler un torrent de larmes, et ce jour-là, dans le train, je ne pus me contenir qu’à grand-peine, libérant des sanglots abondants dès que me retrouvai entre les murs de ma chambre parisienne.

Puis je dus reprendre le chemin de l’école. J’entamais un Master de sciences de l’éducation. Suite à l’abandon de mes études d’informatique, pour lesquelles je ne me sentais pas assez compétente, j’avais décidé de me diriger vers le professorat. C’était là, me disais-je, un métier utile, l’un des rares à pouvoir être réellement intéressants. J’avais moi-même beaucoup aimé l’école, en dehors des premières années durant lesquelles je m’étais ennuyée à mourir à cause de mon avance en lecture. Certains enseignants m’inspiraient et j’avais envie, à mon tour, de consacrer mon énergie à une classe afin de donner à des élèves le goût d’apprendre, entre autres clichés idéalistes.

J’avais dû choisir une licence, n’importe laquelle, et j’avais opté pour les Lettres Modernes car c’était la voie qui paraissait pouvoir m’offrir les meilleurs résultats en échange d’un minimum d’efforts. De fait, malgré mon absentéisme chronique qui venait compenser deux années de travail intensif sans vacances ni week-ends à Technext, j’avais réussi tous mes partiels, dissertant sur des livres que je n’avais pas lus, ingurgitant en quelques heures six mois de cours de stylistique ou linguistique et me reposant sur mes acquis et ma logique pour beaucoup d’examens. J’avais pris goût à ces longues plages de temps libre mais j’étais consciente que ma liberté touchait à sa fin et qu’il me fallait à présent reprendre un rythme plus traditionnel.

Par ailleurs, mon passage en Master entraînant l’arrivée de nouvelles fréquentations, je décidai qu’il s’agissait là de l’occasion idéale pour entamer le changement de mode de vie qui me tentait depuis plusieurs années déjà : le végétarisme. J’avais beaucoup réduit ma consommation de viande au cours des derniers mois et je ne mangeais plus que du poisson et un peu de volaille, mais mes lectures m’avaient fait prendre conscience de toutes les conséquences néfastes qu’entraînaient la pêche et l’élevage en terme de souffrance animale, d’écologie et de santé publique. Sans chercher à devenir un modèle de moralité, je souhaitais cesser de participer au problème et je ne voulais plus financer par mes achats la mise à mort d’individus sensibles. Cette décision me coûtait un peu car elle me forçait à renoncer à certains mets que j’appréciais, mais en pesant le pour et le contre, j’avais conclu que la cause méritait bien ce léger effort de ma part, ce petit renoncement à mon plaisir égoïste. Je n’aurais pas aimé être abattue comme on abat les animaux d’élevage et l’éthique de réciprocité me poussait donc à consentir à cette modeste privation alimentaire.

Je suivis les premiers cours de l’ESPE avec beaucoup de sérieux, n’en manquant aucun, même les facultatifs. Mais, dès le début, j’avais l’impression frustrante que la majeure partie des leçons dispensées représentait une vraie perte de temps. Le cérémonial d’installation en classe, le récapitulatif des séances précédentes, la longue introduction durant laquelle nous n’apprenions rien, les interminables parenthèses disséminées tout au long du cours, tout cela jumelé au débit de parole de l’enseignant toujours trop poussif à mon goût m’incitait à me dire que ma présence sur les bancs de l’université était une contrainte superflue. Mon énergie, me disais-je, serait mieux employée si j’étudiais moi-même dans un manuel les notions qui me font défaut. Depuis mon passage par Technext et sa pédagogie fondée sur l’autonomie, j’étais devenue extrêmement impatiente en terme d’apprentissage. Je trouvais absurde de devoir attendre des heures afin d’espérer entendre passer quelques phrases vaguement importantes pour le concours. Mais, comme à chaque rentrée, j’étais pleine d’ambition et de bonnes résolutions et mon assiduité ne faiblit pas les premières semaines.

Je m’étais vaguement rapprochée de deux camarades, Estelle et Alexia. La première était une jeune fille polie et très introvertie. La seconde, dynamique et enthousiaste, jouait comme moi à des jeux vidéos et cela me fournissait un sujet de conversation intarissable. Mais, un jour, en amphithéâtre, alors que je prenais des notes assise à côté d’elles, elles eurent un échange qui me stupéfia.

« L’an dernier, dit Alexia, j’avais un prof qui portait des sacs à main ! Mais des sacs à main de meuf ! de meuf !

– Il devait être homo, répondit Estelle en pouffant. Moi, je les appelle les dégénérés. »

J’ai honte, aujourd’hui, de ne pas m’être levée immédiatement pour aller ostensiblement m’asseoir ailleurs. Si je revivais une telle scène aujourd’hui, je crois que je lancerais à ces deux imbéciles quelque provocation salace, me faisant passer pour une lesbienne pleine de lubricité à leur endroit. Mais au lieu de ça, je restai muette de stupeur et n’intervins pas. Je m’étais volontairement coupée de tout contact humain ces trois dernières années, ne parlant à personne d’autre que mon compagnon et ma famille proche, et mon retour à la civilisation s’avérait finalement être une expédition au sein d’une meute de bêtes primitives. Dire que ces deux femmes aspiraient à devenir enseignantes ! Elles avaient échangé leurs abjections homophobes sans pudeur, comme s’il était entendu que c’était là un avis communément partagé et, de fait, par chance – ou par banalité d’opinion – toutes deux s’entendaient merveilleusement sur le sujet.

Cet incident ne me redonna pas foi en l’espèce humaine, et ma vision de l’avenir, déjà pessimiste, s’en retrouva encore assombrie : la marche de notre société vers le progrès social n’était décidément pas garantie. A partir de ce jour, ma présence en cours se fit de plus en plus irrégulière, et je m’éloignai radicalement d’elles ainsi que de tous mes autres camarades de promotion pour me mettre à réviser le concours de professorat des écoles seule, chez moi, avec quatre gros manuels dont la compagnie m’était décidément plus agréable que celle de mes collègues.

V – 3

V – 3

La demande d’Armand faisait suite à une période de plusieurs mois durant laquelle lui et moi n’avions que très peu échangé, du moins en privé. Pour ma part, je me contentais de lire de temps à autre les publications de l’intéressé apparaissant dans mon fil d’actualités lorsqu’elles éveillaient ma curiosité. Au fil du temps, de texte en texte, j’étais parvenue à faire émerger un portrait un peu plus tangible de cet homme de lettres. Assurément brillant, sensible et cultivé, il avait développé une misanthropie et un goût pour la solitude dans lesquels je m’étais reconnue de prime abord. Cette aversion pour la foule, la liesse populaire et les mondanités hypocrites étant trop rare pour être comprise par beaucoup de mes contemporains, elle fit naître chez moi une forme d’estime compatissante qui me poussa à ce moment à me sentir un peu plus proche de lui. 

Sur le plan politique, son profil était atypique mais ses idées semblaient correspondre aux miennes : il se prétendait homme de gauche, féministe, libertaire et plutôt anticlérical, se décrivant comme un être à mi-chemin entre le dandy et le hippie, figures qui m’inspiraient, chacune à leur manière. Il avait l’air doté d’une très grande indépendance d’esprit, faisant complètement fi de l’opinion des autres à son égard, et de toute la description qui précède, ce dernier point me paraît aujourd’hui être le seul véridique, sa misanthropie mise à part – bien que j’en ignorasse alors tous les aboutissants, à commencer par l’égoïsme inouï qu’elle engendrait chez lui.

Lorsque je découvris qu’Armand était âgé d’une quarantaine d’années, cela acheva de m’intimider. Avant de le rencontrer pour lui remettre ma Madone, je jetai un coup d’œil aux photos de sa galerie, afin de le reconnaître lorsque je le croiserais dans la rue. Tous les clichés étaient sombres ou d’une qualité discutable car pris à la webcam mais d’après ce que je pouvais en voir, l’homme ne semblait pas particulièrement laid. Malgré son âge, son visage n’était pas marqué par les rides et ses cheveux noirs bouclés lui descendant jusqu’aux épaules, formant autour de lui une masse d’un volume imposant qui pouvait être le gage d’une assez bonne santé. Dans ses billets, il rappelait à intervalles réguliers la crainte que suscitaient parfois sa « haute taille » et sa « carrure de rugbyman » parmi les petites gens qui nourrissaient envers lui des velléités de bagarre, bien vite refoulées lorsqu’il quittait sa chaise pour se dresser de toute sa stature devant eux.

A cette époque, et je tiens à le préciser, je n’avais en tête aucun projet de rapprochement, ni amical, ni amoureux. L’idée ne m’avait d’ailleurs jamais effleuré l’esprit, et si quelqu’un me l’avait suggérée, je l’aurais trouvée absurde tant il me semblait que lui et moi n’évoluions pas dans le même monde. J’aurais été absolument certaine par ailleurs que lui-même ne me prêtait à juste titre aucun intérêt – il ne me connaissait pas, nous n’avions échangé que de rares banalités, et il avait seulement pu me voir par l’intermédiaire de quelques photos et vidéos. Ma relation avec celui qui sera malgré moi le héros de cette histoire n’était que celle d’une lointaine admiratrice souhaitant s’effacer tant que possible afin de laisser un auteur estimé composer en paix.

Le soir de la remise du livre, je n’avais donc pas prévu de m’attarder plus que nécessaire auprès de lui, et ma principale pensée était destinée à mes placards vides qu’il me fallait remplir avant la fermeture du magasin. Je signalai à mon compagnon de l’époque que je partais un peu en avance afin de donner le livre à une personne m’attendant plus bas et qu’il disposait donc de quelques minutes supplémentaires pour se préparer avant de descendre me rejoindre.

Lorsque je franchis la lourde porte cochère donnant sur la rue, je jetai un coup d’œil autour de moi et aperçus un gros homme affalé contre une gouttière sans le moindre embarras pour les traces d’urine de chien qui auraient pu salir ses vêtements. Me voyant, il se redressa et afficha un sourire poli. En m’approchant pour le saluer, je me fis la réflexion – certes indélicate, mais nous n’avons de contrôle que sur nos actions, pas sur nos pensées – que les photos des profils Internet pouvaient décidément être bien trompeuses. En fait de rugbyman, c’était un obèse qui s’avançait lourdement vers moi. Sa large face rougeaude était ornée d’une paire de petites lunettes usées et ses joues étaient couvertes de zones de peau desquamée. Je me souviens en particulier de son nez constellé de points noirs : je n’en avais jamais vu d’aussi mûrs. Ils étaient tellement remplis que beaucoup, noircis par l’oxydation, sortaient de ses pores d’au moins un demi-millimètre telles les épines d’un porc-épic dressées face au danger.

Mais, ce qui me frappa le plus, ce fut lorsqu’il ouvrit la bouche pour me parler. Une haleine répugnante vint heurter mes narines et la puanteur fut telle qu’une photographie mentale de cet instant resta gravée pour toujours dans ma mémoire. Je revois parfaitement son visage penché vers moi, l’œil inquiet et la bouche éternellement ouverte, long tunnel noir au bout duquel je pouvais voir pendre, absurdement, sa glotte rosâtre. Immédiatement, frappée par la pestilence de son souffle, je pris la décision de ne plus respirer par le nez face à lui, et je tins ma résolution jusqu’au dernier jour où je le vis, presque deux ans plus tard.

On pourrait penser que la description fâcheuse que je viens de faire n’est là que pour mener à bien une vengeance. Malheureusement, elle s’avère rigoureusement exacte et je la livre ici en ayant conscience du fait que ce portrait peu flatteur ne sera pas davantage glorieux pour moi, qui me suis rapprochée d’Armand bien plus que je ne l’aurais souhaité. Tout ce que je pourrai dire au sujet des défauts physiques de l’intéressé ou de ses manquements à l’hygiène rejailliront sur moi dans la mesure où je ne me suis pas, à l’époque, montrée assez déterminée pour m’en tenir éloignée. Certains me considéreront sans doute souillée par la fréquentation d’un individu à l’aspect aussi répugnant mais je tiens tout de même à m’attribuer quelque mérite dans le fait d’être parvenue à faire fi de cette apparence désavantageuse pour m’intéresser, chez cet individu à des objets que je pensais plus nobles : son intelligence et sa personnalité. La tragédie de cette histoire sera, comme le lecteur doit déjà le soupçonner, que le vernis peu appétant du corps était finalement bien plus reluisant que le caractère abominable qu’il dissimulait.

Nous échangeâmes quelques mots, je lui tendis le Dekobra, et je me préparai à tourner les talons, lorsqu’il demanda :

« Tu ne veux pas que je t’offre un verre, histoire de te remercier pour le livre ? »

Cette proposition me paraissait relever de la simple politesse, de celles que les gens lancent en espérant qu’elles soient déclinées. Par ailleurs, j’avais d’autres projets plus urgents : remplir mon garde-manger. Ainsi refusai-je l’invitation en m’excusant, partagée entre la crainte de vexer mon interlocuteur et le soulagement de ne pas me retrouver coincée à devoir discuter avec un parfait inconnu, rongée par la timidité et pétrie de honte à l’idée du fossé qui nous séparait en terme de culture artistique. Ces raisons et elles seules me poussèrent à dire non : ma réaction et ma réponse auraient été absolument les mêmes si Armand s’était montré plus présentable. Nous nous dîmes donc au revoir, sans que je suspecte le moins du monde que pour l’homme qui s’était tenu en face de moi, cette histoire de remise de livre n’avait été qu’un prétexte pour me rencontrer comme il l’admettrait ensuite, et que sa proposition de verre, à mes yeux tout à fait innocente, relevait d’une stratégie visant à me m’attraper dans ses filets.

Bouffi d’orgueil et contrarié dans ses intentions, notre héros rentra ensuite chez lui pour écrire quelques messages grinçants à l’un de ses amis, du nom de Thomas. Ami qui me fournit très aimablement plusieurs années plus tard l’historique de leurs conversations, suite à sa propre rupture avec Armand. Ainsi suis-je fière de pouvoir étoffer mon récit par ces menus détails complétant ce dernier assez instructivement.

J’avais apparemment déjà fait l’objet de discussions entre les deux amis qui, ayant regardé l’une de mes vidéos, s’étaient accordés sur le fait que j’étais peut-être à leur goût. Armand annonça donc m’avoir vue. Lui aussi avait trouvé mes photos « flatteuses » en comparaison avec la réalité, et en quelques phrases, il dressa un portrait bien senti de ma personne :

« Elle est sympa, mais très rigide, très coincée, avec à la fois un côté mémère frigide et un côté lesbienne rouleuse de mécaniques. Enfin, tout un tas de petits détails qui sont assez débandants. »

Thomas rétorqua qu’il m’avait trouvée touchante sur certaines photos.

« Elle est touchante, mais difficilement consommable », conclut Armand.

Sur ces amabilités, les deux compères changèrent de sujet, et Armand et moi ne nous écrivîmes pas pendant deux mois.

V – 2

V – 2

Nous étions aux alentours de la fin du printemps 2014. Je venais de valider ma troisième et dernière année de licence de Lettres Modernes et disposais par conséquent d’au moins trois mois de temps libre que j’espérais occuper par un séjour familial dans l’Allier, comme je l’avais fait l’été précédent. En attendant l’invitation promise par mon oncle et ma tante, j’occupais en grande partie mes journées en lisant des articles sur Internet. L’un des thèmes auxquels je m’intéressais alors était celui du minimalisme, et j’avais commencé à entreprendre dans ma chambre une grande purge afin de me débarrasser de tous les objets inutiles qui l’encombraient. J’avais d’abord fait disparaître les bibelots attirant la poussière sur mes étagères, puis je m’étais attaquée à tout le reste : cours périmés, câbles inutiles, stylos à sec, vêtements jamais portés… Mes meubles se vidèrent les uns après les autres jusqu’au jour où ma bibliothèque constitua le dernier bastion de résistance.

J’avais quelques scrupules à me séparer de mes livres, mais à bien y réfléchir, tout conserver n’avait aucun sens. L’espérance de vie humaine étant trop courte pour offrir à quiconque la possibilité de compulser l’intégralité des textes existant sur cette Terre, il fallait opérer des choix. Me replonger dans des œuvres déjà connues et peu appréciées était une perte de temps impliquant le sacrifice d’une nouvelle lecture potentiellement plus intéressante. Pourquoi, alors, au prix du mètre carré parisien, acceptais-je rogner sur le peu d’espace dont je disposais pour stocker des kilos de papier inutiles ?

Par ailleurs, à bien y réfléchir, mon ego n’était-il pas à la source de mes réticences ? Ne prenais-je pas un plaisir vaniteux à étaler comme des trophées aux yeux de tous ces épais ouvrages achevés à force de patience ? Si telles étaient mes motivations inconscientes, il était beaucoup plus sain, songeais-je alors, que je me débarrasse de ma bibliothèque : en me sachant privée de la béquille que constituait ma collection, je serais obligée de me montrer plus attentive à mes lectures, de tâcher de m’en souvenir plus précisément et de mieux les comprendre; bref : j’allais devoir me cultiver davantage et ma valeur, en tant que personne ne découlerait plus d’une bête accumulation d’objets qui n’étaient finalement que des gages d’intelligence illusoires.

Forte de cette réflexion, je vendis à cette période plusieurs collections de mangas dont je tirai un bon prix. Mes échanges avec les acheteurs furent toujours expéditifs – ce détail aura son importance par la suite. Un soir, je pris en photo une vingtaine de livres que je consentais à offrir et je les postai dans un album sur Facebook. Sur l’un des clichés figurait un ouvrage que j’avais pioché sans grande conviction, à peu près sûre qu’il n’intéresserait personne : c’était une édition jaunie datant des années 1950 d’un roman de Maurice Dekobra, La Madone Des Sleepings. Adolescente, je l’avais entamé durant des vacances scolaires dans ma maison de campagne, la disette de lecture ayant poussé ma main à s’aventurer dans les fonds de cartons d’un grenier glacial. Pour une raison ou une autre, le roman m’avait plu, et mon séjour s’achevant, je l’avais ramené jusqu’à Paris afin de le terminer. Depuis plus de dix ans, il traînait dans ma bibliothèque, et, si je n’en gardais aucun souvenir, l’envie de le relire ne me travaillait pas particulièrement : ainsi avait-il rejoint la pile de dons que j’avais commencé à ériger.

Contre toute attente, l’un de mes amis se manifesta le soir même dans les commentaires, se disant intéressé par ma Madone. Cette personne, c’était Armand. Un peu inquiète à l’idée de croiser cet homme qui m’impressionnait vaguement mais soulagée par la faible durée de mes précédentes ventes (qui signifiait, le croyais-je, que je n’allais pas avoir cette fois non plus à m’épancher beaucoup pour me débarrasser de mon Dekobra), j’acceptai de donner rendez-vous à l’intéressé quand je serais à nouveau de passage dans son quartier.

Je me demande aujourd’hui à quel point les choses se seraient passées différemment si je n’avais jamais proposé ce livre sur mon mur. Ma vie n’aurait assurément pas été la même sans cela, et bien que la contribution d’Armand à mon bonheur actuel soit très indirecte et se soit faite malgré lui, je peux me dire heureuse, quatre ans plus tard, d’avoir croisé sa route, quitte à avoir dû traverser les nombreuses embûches qu’il aura mises sur la mienne.

 

 

[Jeu] FAR : Lone Sails

[Jeu] FAR : Lone Sails

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Une très bonne surprise.

Pour faire court, vous incarnez un petit matelot aux commandes d’un voilier terrestre en forme de baleine, en route vers une destination mystérieuse.

Graphiquement, c’est un chef d’oeuvre. Le style rappelle un peu certains aspects d’Inside et de Kentucky Route Zero par ses teintes désaturées, ses jeux de lumière et son aspect minimaliste. Je ne sais pas comment les graphistes sont parvenus à ce résultat, mais en jouant, j’avais à chaque seconde l’impression d’admirer une peinture faite à la tablette graphique. Il m’était difficile de concevoir la présence de polygones derrière ce rendu splendide.
Au cours de votre aventure, vous traverserez une grande variété de paysages vastes et désolés, tous absolument superbes, qui participent à créer une atmosphère de fin du monde. Rien n’est jamais explicitement dit au sujet de ce qu’il s’est passé mais quelques détails sur l’univers sont fournis en filigrane au cours de votre parcours.
Le travail sur les échelles est très bien amené et contribue, lui aussi, à l’impression de solitude extrême véhiculée par le titre, en vous faisant sentir minuscule face à des constructions mastodontesques.

Le gameplay est assez original dans le sens où vous ne contrôlez pas directement le véhicule qui vous transporte. Au lieu de cela, votre matelot devra être constamment actif : réparations, stockage et utilisation du carburant, récupération des objets sur la route, déploiement des voiles… Tout ce travail de manutention a été pensé minutieusement et pour peu que vous soyez vigilant et organisé, il ne générera ni ennui ni panique. Par ailleurs, l’apprentissage de la manœuvre du voilier se fait de manière progressive par l’ajout régulier de modules au bateau et vous n’aurez ainsi jamais l’impression de piloter une usine à gaz à laquelle vous ne comprenez rien. Enfin, cet aspect « gestion » se double aussi d’un petit côté plate-forme, car pour activer les différentes commandes, il vous faudra courir, sauter et presser des boutons, parfois avec votre tête. Je crois n’avoir jamais vu ailleurs ce mélange de genres très réussi.

Votre parcours sera ponctué d’arrêts réguliers pour cause d’obstacles, et il vous faudra résoudre de petites énigmes pour reprendre votre course. Si leur difficulté n’est pas spécialement ardue, Lone Sails ne prend pas non plus le joueur pour un imbécile, et le mécanisme de résolution ne sera jamais deux fois identique.

 


Jeu terminé le vendredi 21 septembre 2018.

Ma note : 10/10 + ♥

Temps de jeu : 3.7 heures.

[Jeu] Heavy Rain

[Jeu] Heavy Rain

Il m’a fallu patienter des années afin d’avoir l’occasion de jouer à Heavy Rain, la faute aux exclusivités console. Peut-être, pour cette raison, en ai-je attendu un peu trop, à force de voir passer des critiques élogieuses à son sujet.

La première heure de jeu ne m’a pas fait une très bonne impression, d’abord pour la maniabilité très laborieuse des personnages. Ceux-ci sont lents, poussifs, ne courent que quand les scénaristes l’ont décidé, se heurtent mollement aux éléments du décor et se coincent un peu partout lorsque l’on tente de les diriger, même dans des situations urgentes. Par ailleurs, la gestion de la caméra n’est pas laissée à notre initiative, et même si les choix de cadrages imposés au joueur apportent à Heavy Rain une dimension cinématographique appréciable, l’alternance champ/contrechamp s’avère dans les faits fort peu pratique car elle vous oblige, lorsqu’elle survient, à user de vos réflexes pour inverser le plus vite possible la direction de la marche sous peine de voir votre personnage faire demi-tour.

Par ailleurs, le scénario commence plutôt mal, déversant à la pelle dialogues creux et clichés de famille-unie-et-heureuse dans sa grande maison ensoleillée. Les deux enfants du couple sont stupides, mal élevés et insupportables, ce qui ne poserait pas de problème si ces traits de personnalité avaient été volontairement induits par les scénaristes. Malheureusement, ceux-ci tentent de faire passer ces deux petits crétins pour d’adorables créatures auxquelles nous ne pouvons que nous attacher. Autant dire qu’Heavy Rain s’est montré incapable de me faire ressentir la moindre empathie à leur égard et que tout ce qui pouvait advenir d’eux par la suite m’indifférait totalement. Dommage, pour un jeu censé faire ressentir des émotions au joueur.

Heureusement, au fil du temps, les choses ont progressivement commencé à aller mieux. Le scénario en lui-même ne s’est pas substantiellement amélioré : de catastrophique, il s’est peut-être tout au plus élevé au rang de médiocre, n’évitant ni l’écueil des clichés, ni celui des incohérences – j’y reviendrai plus tard. Si Heavy Rain avait été une série policière, ç’aurait été une série B et je n’aurais pas persévéré après le deuxième épisode. S’agissant d’un jeu, les mécanismes additionnels ont cependant réussi à changer la donne.
La grande différence avec le cinéma, c’est que vos réussites et échecs ont un vrai impact sur le scénario. De banales péripéties qui m’auraient à peine inquiétée dans un film – leur aboutissement étant toujours trop prévisible – ont ici suscité chez moi une réelle implication émotionnelle, car dans Heavy Rain, l’échec est toujours envisageable. Vos personnages peuvent mourir : dans ce cas de figure, vous n’avez plus accès aux autres scènes les impliquant et vos chances de parvenir à une issue heureuse s’amincissent.
Le gameplay à base de QTE est plutôt bien pensé et les scènes d’action sont finalement assez prenantes. On peut cependant reprocher au jeu la difficulté ponctuelle de certaines combinaisons de touches (qui semblent avoir été conçues pour des octopus et pas des êtres humains). De la même façon, les conséquences de certains raccourcis ne sont pas toujours évidentes (il m’est arrivé de tirer sur un personnage alors que je voulais discuter avec lui, les deux possibilités étant affichées côte à côte sur l’écran sans plus d’indications sur leurs effets respectifs). Et, en cas d’erreur, impossible de revenir en arrière : le mal est fait.

Si Heavy Rain a finalement réussi à me faire ressentir des choses, il ne s’est agi que d’émotions assez basiques et instinctives. L’enjeu principal ne m’a jamais en lui-même beaucoup importé, mais certaines scènes ont réussi à me communiquer un véritable malaise : choc, dégoût, sensations d’enfermement ou d’oppression. Je pense que ce type d’émotion primaire est plus aisé à susciter chez le joueur que l’intérêt pour le scénario, mais ce point positif mérite néanmoins d’être relevé.
L’histoire en elle-même souffre de trop nombreux défauts d’écriture pour que je puisse en faire l’éloge : des mystères majeurs ne sont jamais expliqués, des personnages qui ne se sont jamais rencontrés se connaissent soudain comme par magie et, à la lumière du twist final, certains comportements perdent tout leur sens. En interview, David Cage a tenté tant bien que mal de combler ces fossés scénaristiques… Malheureusement, ses explications m’ont semblé bien trop maladroites pour que je puisse décemment penser qu’elles avaient été prévues dès le début. Par ailleurs, une oeuvre devrait se suffire à elle-même, et si la majorité des joueurs relèvent une bizarrerie ou une incohérence au sein d’une histoire, c’est que les scénaristes ont échoué à la justifier.

Il est assez aisé de créer du mystère en accumulant les scènes inexplicables. Ce qui est vraiment respectable, c’est de savoir ensuite résoudre les nœuds de l’intrigue de façon satisfaisante, et Heavy Rain ne remplit malheureusement pas cet objectif.


Jeu terminé le dimanche 2 septembre 2018.

Ma note : 6/10.