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Catégorie : Herbier de vie

V – Introduction

V – Introduction

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Introduction

V – 1 – Hiver 2014

V – 2 – Printemps 2014

V – 3 – 27 juin 2014

V – 4 – Août & Septembre 2014


Les années qui suivirent furent le théâtre de deux histoires imbriquées que je relaterai ici, chacune étant à sa manière le récit d’un lent naufrage pourtant anticipable. La première traitera de ma relation chaotique avec un individu fort peu recommandable, la seconde de l’échec de mon ambition professorale.

La personne dont je souhaiterais parler se révélant être un an et demi après notre rupture encore fort prolixe à mon sujet, je profiterai de cette partie du récit pour porter ma propre vision des choses à la connaissance de ceux qui n’ont jusqu’ici pu entendre qu’une version des faits fournie par mon ex-ami, narrateur particulièrement indigne de confiance.

Je ne chercherai pas à romancer les faits au nom d’une bien commode licence littéraire. Je tâcherai de me montrer honnête en relatant aussi bien mes mérites que mes erreurs – car il y en a eu, mais pas forcément celles que l’on m’impute.

Enfin,  bien que je ne puisse pas l’empêcher, j’aimerais que celles et ceux qui connaissent la personne dont il est question ne lui communiquent pas l’adresse de ce site, ou, au moins, qu’ils se gardent de le faire tant que ce récit ne sera pas achevé. Je pense qu’il est nécessaire que mes éventuels lecteurs aient accès à une vision globale des événements avant de prendre une décision qui, sans doute, attisera chez lui des velléités de vengeance. En effet, ma défense face à ses calomnies, bien que tardive et discrète, pourrait lui sembler inadmissible dans la mesure où elle fera ombrage à sa réécriture des faits. Ses mensonges grossiers, martelés frénétiquement auprès de son entourage depuis une vingtaine de mois, risqueront d’être mis à mal provoquant par là même la dégradation de l’image enjolivée que ses lecteurs se faisaient de lui.

J’ai précieusement conservé au cours de ma relation avec lui, un grand nombre de traces écrites sur lesquelles je m’appuierai afin de rendre ce récit le plus fiable et le plus précis possible. À ceux dont l’opinion m’importe, je vous encourage, si le moindre doute sur l’objectivité de ma version des fait vous habite, à me réclamer une copie de ces échanges.

Bonne lecture.

I. 0 – Introduction

I. 0 – Introduction

Fougère
Larcy, été 2016

Octobre 2016.

Ma mère aimait collecter les traces des vies passées. À l’époque de la restauration de la maison, elle examinait chacune des tuiles moussues récupérées sur le toit avant de se débarrasser des plus abîmées. Elle me conviait ensuite à admirer ses trouvailles et faisait défiler sous mes yeux toutes les plaques de terre cuite marquées d’une empreinte de patte de chat ou de la signature d’un ouvrier d’un autre temps. Nous tentions d’imaginer notre maison à cette époque-là, le quotidien de ses occupants, les pensées qui les habitaient à l’instant où ils tenaient la tuile entre leurs mains, et mon imagination m’entraînait dans des rêveries délicieuses.

Lorsque les travaux nécessitaient de creuser dans l’un de nos très anciens murs, ma mère évoquait la perspective de retrouver un message scellé depuis des siècles dans une niche entre les pierres. Je rêvais de retrouver les écrits de lointains ancêtres qui, tout en relatant leur histoire, m’auraient confié des secrets et livré des pensées dans lesquelles, je n’en doutais pas, je me serais reconnue en tout point.

Les cloisons de notre demeure n’ont hélas craché jusqu’ici que de la chaux, des ossements et des morceaux de bois. Mais si l’espoir de retrouver un message poussiéreux s’est aujourd’hui complètement évanoui, une autre envie est née de ces rêveries : je souhaite rédiger moi-même ce texte si longtemps attendu. J’en enterrerai un exemplaire quelque part sous la maison familiale et une copie restera affichée ici, livrée aux visiteurs de passage.

Ce désir me tiraille depuis plusieurs années déjà et j’avais, dès le lycée, commencé la rédaction d’un tel recueil, mais mon travail inachevé me semble avec le recul trop fragmenté et maladroit. Depuis quelques temps, j’ai commencé à fixer mes souvenirs au brouillon afin de parvenir à les ordonner et à les entremêler plus aisément. Même si ma mémoire tend à se manifester par vagues thématiques isolées, mes expériences découlent les unes des autres et il me semble désormais important d’améliorer la fluidité de mes textes. Je n’écris pas cet herbier seulement pour l’individu  qui déterrera mon message dans un ou deux siècles : je le fais aussi pour parvenir à une meilleure compréhension de moi-même, perspective qui serait compromise par un récit trop parcellaire, aux épisodes décousus.

J’ai donc mis de côté ces textes vieux de presque dix ans : j’en étais trop insatisfaite pour parvenir à les poursuivre. Je recommence donc ce travail à partir de rien, ou plutôt, en m’appuyant sur des bribes de mémoire encore plus estompées qu’auparavant, dont l’impermanence à présent tangible aura ajouté à l’urgence d’écrire ressentie ces derniers mois. Cette impatience est hâtée par des pressentiments funestes irrationnels et diffus. J’espère pouvoir trouver quelque apaisement dans l’achèvement de ce texte.

Mon herbier sera un recueil d’expériences, de sensations, d’impressions sans doute très ordinaires, mais ornées, je l’espère, des teintes qui me sont propres. Je n’ai jamais aimé les biographies que pour les atmosphères qu’elles renferment, si particulières, si étroitement liées à leur auteur, ce mélange subtil aux ingrédients familiers mais au dosage unique et étrange qui perce des lucarnes sur d’autres univers.